Handball – Raphaëlle Tervel : vers un deuxième titre européen avant la retraite ?

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Championne du Monde, d’Europe (en club), de France, de Norvège, d’Espagne et de Hongrie, l’ancienne internationale française, Raphaëlle Tervel a un palmarès long comme le bras. Si elle a connu ses premiers succès dans sa région natale, avec le club de Besançon, il lui a fallut s’exiler pour enfin toucher au Graal : la Ligue des Champions qu’elle s’adjuge en 2013 avec Győr. A quelques semaines d’un Final 4 où son équipe part favorite pour un deuxième titre consécutif, elle a accepté de revenir sur sa carrière et sur l’état actuel du handball, dans un entretien exclusif. Après un entraînement matinal au gymnase de l’Université Széchenyi qui accueille désormais l’équipe, elle est revenue tour à tour sur sa vie à travers l’Europe et ses projets, sur le monde actuel du handball français et européen. Elle donne aussi son avis sur la Ligue des Champions 2014. Un tour d’horizon passionnant avant de se remettre au travail, avec pour objectif, un deuxième titre avant la retraite (photos : Márta Kállai).

Vous jouez ici à Győr depuis 2 saisons, en Hongrie, pourquoi avoir décidé de quitter la France ?

Au bout de 10 ans à Besançon, j’avais fait le tour. J’ai eu la chance de tomber à la bonne époque, où on a tout gagné (voir encadré). J’avais fait le tour du championnat de France, j’avais envie de voir autre chose, j’avais envie de voir ailleurs et j’avais surtout envie de gagner la Ligue des Champions. Quand t’es Française et que tu veux gagner la Ligue des Champions pour l’instant, t’es obligée de partir à l’étranger parce que même si la LFH s’améliore, on est encore loin, en termes de moyens essentiellement, de pouvoir faire quelque chose à ce niveau là. Il se trouve que Bera Bera (Espagne) était intéressé et c’est parti comme ça, de fil en aiguille. Ça s’est mal terminé avec Bera Bera, un problème avec ma coach, ça ne passait plus du tout, je suis partie en milieu d’année, et c’est à ce moment là que je suis partie à Larvik. J’y suis arrivée en janvier, j’ai pas fait une année complète, à Larvik c’était bien mais … le changement a été radical. J’étais très bien en Espagne, au niveau de l’ambiance, je me suis fait plein de potes et puis, j’ai appris l’Espagnol, la langue n’était pas un barrage. Je suis arrivée à Larvik où j’étais la seule étrangère : c’était toutes des Norvégiennes et là c’est vrai que c’était difficile. Ici, on est 5 étrangères … à Larvik j’étais vraiment toute seule, et puis j’étais pas satisfaite : j’étais partie là-bas pour défendre en 3 (défense centrale, ndlr), ce que je n’ai pas beaucoup fait : j’ai appelé les dirigeants d’Itxako qui m’avaient contactée avant ma dernière année à Bera Bera. Je leur ai dit que j’avais envie de revenir en Espagne, ils étaient en train de monter une grosse équipe, ils ont été intéressés, j’ai fini là-bas. Puis voilà quand Ambros (Martin, coach d’Itxako à l’époque) a signé ici (à Győr, ndlr) et qu’il m’a demandé si je voulais venir avec lui, j’ai pas hésité.

Il avait un peu insisté auprès du club …

Ouais, au départ ils voulaient pas trop, ils ne me connaissaient pas et puis … et puis maintenant ils ne veulent plus me laisser partir !

Si Győr ne vous avait pas proposé de contrat, vous auriez fait quoi ? La retraite ?

Je sais pas parce que j’avais pas envie d’arrêter. Je me suis pas posé la question … vu qu’Itxako se cassait la figure en plus, je sais vraiment pas ce que j’aurais fait. Je serais revenue à Besançon certainement, j’aurais fini ma carrière … oui, c’était soit Győr, soit Besançon.

Et cette année ?

Cette année, c’est sûr, c’est ma dernière année. C’est sûr. Physiquement, j’ai une cheville qui me tracasse.

L’un des plus beaux palmarès français

Après ses débuts à Maîche en 1994, Raphaëlle Tervel a rejoint l’ES Besançon peu avant sa majorité : elle y a tout gagné. En 2003, à l’apogée de la « grande époque », plusieurs internationales évoluent à l’ESB : aux côtés de Sophie Herbrecht, Sandrine Delerce, Valérie Nicolas, Véronique Pecqueux-Rolland et Myriame Said Mohamed, Raphaëlle remporte la Coupe d’Europe des Vainqueurs de Coupes (C2), à domicile, face au Spartak de Kiev. La même année, elles enchaînent les titres en s’adjugeant le championnat de France, la Coupe de France et la Coupe de la Ligue. En décembre, elles sont sur le toit du Monde, à l’issue de 7 minutes terribles face à la Hongrie d’Anita Görbicz …

En 2006 : Raphaëlle Tervel s’exile en Espagne, passe par la Norvège avant de s’engager à Itxako. En 2012, elle arrive pour la première fois en finale de la Ligue des Champions et voit le trophée lui passer sous le nez, à domicile : c’est son ancien club, Larvik, qui s’impose dans la plus prestigieuse des Coupes d’Europe.

En 2012, le virage est complet : la Bisontine suit son ancien coach, Ambros Martin, dans un club prêt à tout pour conquérir l’Europe. A Győr, les années passent et se ressemblent : parvenu 7 fois en finale d’une Coupe d’Europe, le club hongrois n’a jamais été couronné. Les moyens colossaux mis à disposition du club, qui chouchoute sa star, Anita Görbicz, finissent par payer : en 2013, Győr décroche sa première Ligue des Champions et Raphaëlle Tervel rejoint le cercle très fermé des Françaises (Stéphanie Cano avec Slagelse, Valérie Nicolas avec Viborg, face à Győr en 2009) qui ont pu touché le trophée si convoité.

A 35 ans, il reste deux matchs européens à Raphaëlle Tervel pour décrocher un deuxième titre européen et se hisser au sommet de l’Histoire du handball féminin français.

411 mai 2013, Raphaëlle Tervel et Győr sont sacrés champions d’Europe

Vous disiez vouloir vous consacrer à l’entraînement. Filles, garçons ? Jeunes, haut niveau ?

Des filles, je pense, déjà. Et après je sais pas, ça dépend des opportunité : j’aimerais quand même bien rester dans le haut-niveau parce que c’est ce que je connais le mieux, là où je pourrais apporter le plus. Mais en même temps, la formation des jeunes ça m’intéresse aussi parce que quand je vois des filles arriver en équipe de France avec un manque de bases, ça m’énerve ! Je me dis que former des jeunes dès le départ, ça peut être intéressant. Je ne sais pas, je me mets pas d’obligations, je verrai en tant voulu, ce qui se proposera. Déjà, je vais me prendre une année sabbatique pour souffler et puis on repartira à fond.

Tous ces pays visités, ça vous a apporté quoi, tant sur un plan professionnel que personnel ?

Je suis super contente d’avoir fait ces pays-là parce que c’est 4 profils différents, pour moi, pour la culture et pour la culture hand, c’était super parce que j’ai pu vivre la culture nordique : l’approche du handball qu’ils ont est complètement différente des latins/espagnols et des pays de l’Est, c’est bien pour moi en tant que future entraîneur. J’aimerais prendre le meilleur de chaque, faire un mix, et hop ! Faire mon truc à ma sauce mais en prenant ce que j’ai bien aimé dans tous les pays. C’est sûr que le travail physique norvégien qu’on a fait à Larvik, je ne l’ai fait nulle part ailleurs. C’est pas pour rien qu’elles sont les meilleures sur les contre-attaques. Elles axent beaucoup leur pratique, leurs entraînements là-dessus, sur le physique. Plus qu’en Espagne où on ne courrait pratiquement jamais. Après, d’un point de vue personnel : j’ai appris l’espagnol et découvert la vie là-bas. J’ai bien aimé l’ambiance, la fiesta, me faire beaucoup d’amis, sortir souvent, le soleil souvent aussi, ça change de Besançon !

Justement, est-ce que ça n’est pas trop dur, d’être souvent loin de Besançon ?

On s’y fait. Heureusement que Skype existe : ton meilleur ami quand t’es à l’étranger, c’est ton ordinateur. On s’y fait et puis quand on a 2-3 jours, on revient. C’est pour ça aussi qu’après 20 ans au haut-niveau, j’ai besoin de m’arrêter, de faire tout ce que j’ai pas fait pendant 20 ans. Et puis voilà, voir les amis et même la famille. J’ai des cousins et qui ont eu des enfants qui vont bientôt avoir 2 ans et je les ai jamais vus. J’ai envie de prendre du temps et d’aller voir un peu tout le monde. De réaliser les projets que j’ai, en dehors du hand. Si je ne le fais pas maintenant, si je me remets directement à entraîner, ça sera toujours pareil, je n’aurai pas le temps.

« Les gens sont fans et n’hésitent pas à poser leurs vacances pour venir nous voir jouer partout, partout, partout. »

Le hongrois au quotidien, c’est comment ?

Avec les filles, c’est un peu pénible parce que ça met des barrières entre nous. L’année dernière, le Président a mis tout le monde en cours : les étrangères devaient apprendre le hongrois et les Hongroises prennaient des cours d’anglais pour qu’on arrive à parler un peu plus ensemble. Je trouve que c’est une bonne idée même si on n’a qu’une heure de hongrois par semaine, et qu’on y parle plus anglais qu’hongrois ! C’est plus pour nous, si on a des mots qu’on voudrait savoir, le professeur est là pour nous aider et c’est quand même mieux que rien. Les directives du coach sont toutes données en anglais.

L’équipe a énormément de supporters : à Ljubljana (environ 400 km de Győr), ils étaient au moins 2 cars …

Plus que ça ! Ils étaient au moins 300 !

OLYMPUS DIGITAL CAMERALes supporters hongrois en déplacement à Ljubljana.

C’est pas forcément quelque chose qu’on voit en France, un peu comme les petits rituels de fin de match.

C’est sûr. C’est ce que j’aime ici, et que je n’ai jamais vu nulle part ailleurs, ni en Norvège, ni en Espagne, ni en France. De tous les pays où j’ai joué, y’a qu’ici qu’on vois vraiment que les gens sont fans, archi-fans et n’hésitent pas à poser leurs vacances pour venir nous voir jouer partout, partout, partout (la saison dernière, les supporters les plus assidus ont parcourus plus de 15 000 km en car à travers l’Europe pour suivre leur équipe, ndlr). Même si ça coûte de l’argent et qu’ils n’en ont pas beaucoup, quasiment tout l’argent qu’ils gagnent, ils le mettent là. Donc heureusement que nous, de notre côté, on leur rend ce qu’on peut leur rendre … Sur le terrain en essayant de gagner et de bien jouer et en communiant avec eux, en allant leur taper dans la main à la fin des matchs. Ce sont des choses qui ne coûtent rien mais qui sont importantes pour eux comme pour nous. C’est génial d’avoir tous ces gens derrière nous partout où on va, c’est vraiment un truc typique d’ici et pour moi c’est le meilleur public que j’ai jamais vu.

Il y a un peu le même à Podgorica …

Non mais eux … Certes, ils font du bruit mais ils sont plus là pour insulter les gens, pour leur cracher dessus, alors que nous, ils sont plus fair-play. Ils sont là pour nous encourager, ils vont pas cracher sur les autres, tout ça … j’ai l’impression qu’ils sont plus sympas les nôtres ! Après, Budućnost, c’est sûr qu’il y a de l’ambiance. On a joué avec Bera Bera là-bas, notre gardienne, elle se faisait cracher dessus quand elle allait chercher le ballon derrière le but, par les supporters qui étaient derrière. En Macédoine, les gens te balancent des cannettes … ici, je n’ai jamais vu ce genre de choses.

« En Hongrie, hommes ou femmes, ça fait de l’audience. »

Lors de la Ligue des Champions, l’année dernière, Győr a fait la couverture du Nemzeti Sport (le quotidien sportif national de référence) pendant presque une semaine … c’est étonnant quand on sait qu’en France, les ventes de l’Equipe chutent lorsqu’il y a une femme en une, non ?

b__4051A Győr, il n’est pas rare de voir les joueuses partager une petite danse avec les supporters après une victoire … 

Ça n’a rien à voir. Ici, les gens sont fans de handball féminin, bien plus que de football. Un match de foot à Győr (pourtant champion de Hongrie), ça attire 2000 personnes dans le stade, le niveau est très bas. Ils s’en fichent que ça soit des filles ou des gars, tant qu’il y a une équipe qui gagne, ils sont là, et puis ils sont sympas, ils sont toujours là, j’adore.

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En France, on en est à lancer les 24h du sport féminin …

J’ai suivi ça vite fait sur Twitter.

La Hongrie est loin d’être un pays égalitaire et pourtant on a dépassé le clivage hommes/femmes dans le sport.

Oui, et même, tous les matchs sont retransmis à la télé. Par exemple sur Digi : Ferencváros va jouer à Viborg (match aller du quart de finale de la Coupe des Vainqueurs de Coupe, ndlr), ils diffusent. Hommes ou femmes, ça fait de l’audience. Mais après je ne sais pas pourquoi, est-ce que les gens suivent plus le hand ici qu’en France ?

C’est compliqué ces histoires de médiatisation du sport féminin : au départ, on nous a dit que si on voulait être plus médiatisées, il fallait gagner des titres, que c’est parce qu’on gagnait rien qu’on avait pas de retours. Mais bon tu te rends compte que t’arrives 2-3 fois en finale, que t’es championne du Monde et puis finalement ça change pas grand chose.

Et encore, au handball, vous être presque « privilégiées » par rapport à d’autres sports, vous êtes systématiquement diffusées sur Sport+ à chaque compétition.

Ça se bouge, mais c’est aussi parce que la fédération et ses dirigeants essaient d’œuvrer à ce niveau là, et ça marche pas mal. Il y a de plus en plus de matchs retransmis, et même des matchs de championnat cette année. Sur d’autres sports, comme le basket ou le volley, c’est plus difficile encore. Après, j’imagine que c’est une question d’argent aussi, c’est comme tout, ils vont téléviser ce qui rapporte et qui fait de l’audience et puis ce qui en fait moins, on ne le diffuse pas. Il faudrait créer une chaîne gratuite « spécial sport féminin » !

Pourtant, en France, les salles affichent souvent complet pour le hand féminin.

Oui, les salles sont remplies … quand on a organisé le mondial 2007 en France, toutes les salles étaient blindées, que la France joue ou pas, que ça soit à Nîmes, à Brest ou je ne sais pas où, toutes les salles étaient complètes. Il n’y avait pas un siège de libre dans les salles. Alors que n’importe où, dans n’importe quel championnat, comme à l’Euro ou au Mondial en Serbie, les salles étaient vides. Ils remplissaient que quand il y avait le pays hôte, tout le reste, il n’y avait personne. Que ça soit pour la Corée, ou même des petits matchs, c’était plein quand même. Les gens y allaient. Le mondial en Chine c’était une catastrophe. On arrivait dans la salle à l’échauffement, il y avait 10 personnes. Franchement en termes de public, le mondial en France était vraiment top. Après il y a eu aussi tout le travail des Ligues qui avaient organisé l’événement. Ces succès doivent beaucoup aux fédérations aussi je pense.

« Les gros clubs français, comme Metz, comme Fleury en Ligue des Champions, ça peut pas rivaliser avec des équipes comme Győr »

Vous parliez de la faillite d’Itxako : cette saison on a Krim (Slovénie) et Viborg qui sont dans une situation très difficile (Danemark) et à côté de ça, en Roumanie, on recrute à tours de bras pour créer des dream-teams ?

Après le cas Vâlcea (le club a fait faillite en 2013 et a du laisser partir toutes ses joueuses, ndlr) … A Vardar, ça a l’air de tenir, il y a un milliardaire qui est arrivé, ça a l’air de tenir, les filles ont prolongé et ils ont signé encore d’autres joueuses (Andrea Penezić, Barbara Lazović et Anja Althaus, ndlr) donc ça a l’air d’aller … jusqu’à ce que ce monsieur s’en aille. C’est le risque. En Roumanie c’est pareil, après le cas Vâlcea, on ne sait jamais trop ce qui va se passer. Bucarest signe beaucoup de joueuses alors que le club n’est pas encore qualifié pour la coupe d’Europe (il est actuellement 7ème du championnat, ndlr).

Vous ne voyez pas ça d’un très bon œil …

Non, non mais, j’aime pas ça en fait … je sais pas, il n’y a pas de stabilité, pas d’évolution dans les clubs, pas de formation, c’est « j’achète des joueuses à coups de millions » mais il n’y a rien derrière. Je sais pas, c’est pas trop l’idée que je me faisais du handball mais force est de constater que maintenant, ça marche avec l’argent malheureusement …

bl_7101_1Face à Cristina Neagu, certainement la joueuse la plus offensive de Budućnost cette saison

Actuellement, le handball féminin qui se jouait beaucoup en Scandinavie se déplace vers les Balkans, non ?

Là où il y a de l’argent. C’est ce qui est malheureux mais ça devient comme ça, sans argent on ne peut rien faire. En France, pourquoi on ne fait pas de résultats en Ligue des Champions, parce que les clubs n’ont pas assez de budget. Les gros clubs, comme Metz, comme Fleury en Ligue des Champions, ça peut pas rivaliser avec des équipes comme Győr, comme Krim, comme Vardar, comme Larvik. On en est encore à des années lumières (Metz et Fleury ont été reversé en Coupe des Coupes après été éliminés de la Ligue des Champions. Les deux équipes ont été sorties par le Zvezda Zvenigorod, en 8ème et quart de finale, ndlr).

Mais paradoxalement, la LFH attire de plus en plus de joueuses étrangères !

Ça commence à attirer des joueuses, des bonnes joueuses, c’est ça qui est bien, ça élève le niveau. Ce qui est bien, c’est que c’est un championnat qui est plus homogène que dans n’importe quel pays. On ne se plaint pas ici en Hongrie, le championnat est quand même intéressant, il y a 5-6 équipes d’un bon niveau, voire d’un très bon niveau. Mais par rapport à la ligue autrichienne où Hypo NÖ se balade, où en Macédoine où il n’y a même pas de championnat, en France, ça commence à vraiment se développer. Tout le monde peut battre un peu tout le monde, ce qui n’est pas le cas dans tous les championnats, au moins sur les équipes de bas de tableau. Et puis aussi, ils ont vraiment professionnalisé la LFH, ça évite justement tous les problèmes qu’il y a partout avec les clubs qui se cassent la figure. C’est pour ça, je pense, qu’il y a peut-être de plus en plus de joueuses qui vont venir en France. Avec le système de CNCG (commission chargée du contrôle des budgets des clubs professionnels), c’est contrôlé donc il y a moins de risques de se retrouver dans un club qui fait faillite et qui ne te paye plus. Je pense que les joueuses, quand elles auront fait un ou deux club qui finit par ne plus les payer, peut-être qu’elles se diront « je vais essayer de gagner un peu moins mais au moins, être sûre d’être payée ».

Et à l’inverse, les meilleures joueuses françaises, comme toi, s’expatrient … et reviennent parfois, comme Alexandra Lacrabère, récemment.

Elle ne s’est pas faite au pays, à l’équipe, tout ça, après ça dépend de la destination ! De la raison aussi (engagée avec Arvor 29, Alexandra Lacrabère, comme d’autres, s’était retrouvée sans club en fin de saison, après le dépôt de bilan du club, ndlr). Il y a pas de mal de joueuses qui partent essentiellement pour l’argent, et aussi pour la Ligue des Champions. Le problème, c’est ça : si tu veux gagner la Ligue des Champions, t’es obligée de partir dans un club à gros budget. Au Vardar, les filles sont payées au moins 2 fois plus qu’en France, si c’est pas 3 ou 4.

« Il ne faut pas oublier qu’Alain Portes venait d’arriver … »

Cette année, vous avez un regard extérieur sur le Mondial qui a eu lieu en Serbie, qu’en avez-vous pensé ?

J’ai bien aimé. J’ai bien aimé l’apport des jeunes. Beaucoup de culot, de fraîcheur, j’ai bien aimé leur attitude, elles ne se sont pas posé de questions. Elles sont rentrées dans la compétition, elles ont pris leur chance et ça leur a réussi, donc ça c’était plutôt positif. Après, il y a ce match contre la Pologne qui gâche un peu la fête. Elles ont fait un premier tour extraordinaire, battant toutes les grosses équipes et l’équipe de Pologne, c’était peut-être un peu le piège. Tu te dis « bon, c’est pas une grosse équipe », tu te dis que ça peut passer et puis l’expérience à un moment donné n’était pas là, Gnonsiane (Niombla, ndlr) était blessée, et tu te plantes comme ça. C’est dommage parce qu’il y avait moyen de faire quelque chose de bien et en même temps, je pense que ça leur a donné confiance pour les prochaines échéances. Parce qu’il ne faut pas oublier qu’Alain Portes venait d’arriver, qu’ils ont eu très peu de temps de préparation, j’ai vu un peu les filles à Coubertin au tournoi, il a changé beaucoup de choses dans le jeu, que ça soit le jeu d’attaque, les principes de base, il a quasiment tout changé. Quand on change, on est obligé d’avoir un temps d’adaptation : j’ai donc un regard plutôt positif et optimiste pour la suite. En plus, ça a l’air de bien passer avec Alain, elles ont l’air d’être contentes …

En Ligue des Champions, comment voyez-vous ce qui se passe dans les deux groupes ? On attendait un groupe 1 sans grand suspense et un groupe 2 « de la mort », c’est finalement un peu le contraire …

Je pensais vraiment que le Vardar Skopje allait dominer le groupe 1; ça pouvait être ouvert entre les 3 autres et puis finalement elles galèrent. Mais bon, c’est aussi le fait que c’est une équipe nouvelle et ça montre bien qu’à un moment donné, on a beau avoir des sous, il faut quand même un minimum de temps d’adaptation et un minimum de règles, de bases, pour que chacune se connaisse bien et puisse jouer bien ensemble. Et ça montre aussi qu’on a beau avoir une somme d’individualités, si il n’y a pas de collectif, on est pas intouchable. Ça montre que Vardar, elles ont encore besoin de temps pour se connaître, pour être un vrai collectif, et ça viendra peut-être, il reste quelques semaines avant le Final 4, ça sera de toute façon meilleur l’année prochaine et l’année d’après. Ici (à Győr), il y a beaucoup d’individualités mais elles jouent ensemble depuis 3/4 ans (Lunde, Løke, Amorim), elles se connaissent bien et au niveau des affinités de jeu, ça se ressent aussi je pense.

Dans le groupe 2, ça aurait pu se jouer en dernière journée …

Quand on a vu le tirage au sort, on s’est dit « ok, le groupe de la mort ». Sur les 5 équipes qui peuvent gagner la Ligue de Champions, il y en avait 4 dans la même poule … Et puis finalement, on voit Larvik en grosse difficulté et Krim qui ne démérite pas, parce qu’elles font de très bons matchs malgré le contexte (le club fait face à de graves problèmes financiers).

 

Un final 4 au parfum de scandale

Le week-end des 3 et 4 mai, Budapest accueillera le premier Final 4 de l’histoire du handball féminin européen : les quatre meilleures équipes de la saison se rencontreront pour soulever une Coupe vraisemblablement promise à l’un des champions des deux dernières éditions, Győr et Budućnost. En véritables outsiders, on retrouvera les Danoises du FC Midtjylland et le Vardar Skopje où évoluent 3 autres Françaises : Amandine Leynaud, Allison Pineau et Siraba Dembélé.

Incapables de se départager lors du tour principal, Győr et Budućnost ont survolé un groupe 2 qui s’annonçait pourtant bien plus relevé. Ces équipes se sont qualifiées pour les demies-finales avant même de jouer leurs deux derniers matchs. Elles s’étaient quittées sur un nul en Hongrie avant de réitérer la performance au Monténégro lors d’un match sous tension qui a mal terminé. Alors que son équipe avait l’avantage (possession et quelques secondes à jouer alors que le tableau affichait une égalité parfaite), Milena Knežević met un coup de boule à Anita Görbicz : suspendue par l’EHF pour deux matchs européens (elle jouera donc la finale de Ligue des Champions, si son équipe se qualifie). Raphaëlle Tervel résume l’incompréhension de beaucoup face à la décision de la fédération européenne :

Une incompréhension qui risque de ternir le Final 4, où on attend plusieurs milliers de supporters hongrois …

Pour finir, un pronostic pour la finale ?

Győr- Budućnost !

_6720Győr et Budućnost : deux équipes qui ne se font pas de cadeaux sur le terrain

Interview publiée sur le blog Gi Aldri Opp, reproduite avec l’autorisation de son auteur.

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