Mondial : entre naufrages et surprises, que retenir ?

Voilà déjà 15 jours que les Brésiliennes ont été sacrées championnes du Monde. Une surprise ? Assurément. Non pas que personne n’attendait les Sud-Américaines à ce niveau, mais on ne peut que constater que plusieurs nations ont proposé un mondial … déroutant. Qu’en retenir ? (photos : Márta Kállai)

Une fédération brésilienne investie

Elles en ont rêvé, elles l’ont fait : un parcours sans faute, somptueux. Les Brésiliennes ont vaincu la Hongrie mais aussi le Danemark et la Serbie à deux reprises pour décrocher le trophée tant convoité.

Second pays non-européen à s’adjuger le titre (la Corée du Sud l’avait remporté en 1995), le Brésil part de (très) loin. A l’instar du handball masculin qui n’a jamais décollé, les joueuses brésiliennes ont souvent été abonnées aux dernières places des compétitions internationales. Il aura fallut une petite révolution et la volonté d’un homme, Manoel Luiz Oliveira, président de la confédération brésilienne de handball, pour faire changer les choses et donner une chance aux féminines sur la scène mondiale.

L’Histoire commence avant les années 2000 avec l’ambition mesurée de dominer les championnats Américains : en 1999, les Brésiliennes décrochent l’or aux Jeux Panaméricains organisés à Winnipeg, c’est le déclic. Les Brésiliennes sont qualifiées pour les JO où elles subissent la supériorité des nations Européennes : elles terminent huitièmes après s’être faites écrasées par la Norvège (30-16), le Danemark (39-26) et l’Autriche (45-26). Manoel Luiz Oliveira va alors encourager les joueuses brésiliennes à s’exiler en Europe. Lors de la saison 2011/2012, un partenariat est même signé entre la fédération et le club autrichien d’Hypo Niederösterreich : aujourd’hui, Morten Soubak entraîne les deux équipes où l’on retrouve Barbara ArenhartFabiana DinizFernanda da Silva, Ana Paula Rodrigues, Deonise Cavaleiro et la meilleure joueuse 2012, Alexandra Do Nascimento. Le reste de la sélection sud-américaine n’est pas en reste et évolue également parmi les meilleurs clubs européens, on peut nommer Eduarda Amorim (championne d’Europe 2013 avec Győr), Mayssa Pessoa (Dinamo Volgograd) ou encore Daniela Piedade (Krim Mercator).

Les efforts commencent à porter leurs fruits en 2011 lorsque non content d’avoir obtenu l’organisation du mondial, le Brésil y effectue un parcours impressionnant, s’offrant notamment la France et la Roumanie. Arrêtées aux portes des demies-finales par l’Espagne (26-27), les Brésiliennes y gagnent néanmoins une certaine reconnaissance internationale qui sera confirmée quelques mois plus tard à Londres. Impeccables en phases de poule, elles s’imposent sur le Monténégro, futur vice-champion olympique et ne chutent que face à la Russie, ce qui leur offrira la première place de leur groupe. Une performance non récompensée puisque dans l’autre poule, c’est la bérézina pour la Norvège qui se classe 4ème, et offre ainsi un parcours beaucoup plus compliqué au Brésil qui voit son rêve s’arrêter prématurément.

___5988_01Récompensant des années d’efforts, le titre brésilien a été longuement fêté à Belgrade. 

A Belgrade, c’est enfin la consécration : la Seleção s’offre sa première médaille d’or et bouleverse le paysage handballistique mondial. Alors que les prochains Jeux Olympiques se tiendront à Rio en 2016, on peut s’attendre à un intérêt médiatique et populaire pour ce sport en Amérique du Sud. Une perspective appréciable alors même que cette médaille signifie que non plus quatre mais cinq nations américaines pourront participer aux prochains mondiaux, au Danemark, en 2015.

Des mondiaux au mental

Certains argueront qu’elles n’ont pas eu à vaincre de grosses nations pour atteindre le Graal, d’autres que c’est le principe même du championnat. Quoiqu’il en soit, il semblerait que les plus grandes n’aient pas eu les nerfs assez solides pour se hisser en demi-finale.

A bien y regarder, les statistiques parlent d’elles-mêmes pour expliquer les particularités de ces championnats : sur les 84 matchs joués durant la quinzaine, 27 ont été gagnés avec un écart de plus de 10 buts et 13 avec une marge de plus de 20 buts. Il était inutile de parier sur les qualifiés pour les huitièmes, tant il était évident que certaines équipes (toutes non-européennes) n’avaient aucune chance, avec des scores comme 51-20, 44-21 ou 40-6.

De là à dire que la première semaine ne sert à rien, il n’y a qu’un pas … qui ne doit pas être franchi. Qu’il s’agisse du Monténégro, de la France, de la Norvège, de la Hongrie ou de la Roumanie, ces pays ont tous un point commun : n’avoir pas su gérer leurs matchs couperets et avoir complètement dévissé à des moments clés de leurs matchs respectifs. Le phénomène n’est pas nouveau : contrairement aux championnats d’Europe, les Mondiaux se jouent en deuxième semaine, il faut être prêt et aucun faux pas n’est autorisé. Là où l’Europe requiert investissement, stratégie et technique, le Monde demande endurance, sang-froid et application.

Et c’est certainement au tirage au sort que les Brésiliennes ont été les plus chanceuses : tombées dans un groupe homogène aux côtés de la Serbie et du Danemark, elles sont entrées très vite dans leur compétition pour ne jamais en sortir, contrairement à des Norvégiennes par exemple, qui après avoir battu l’Espagne en première journée, n’ont plus eu d’adversaire de leur calibre avant les quarts de finale où elles se sont effondrées face à la Serbie.

Car ces équipes retrouvées en demi-finale sont montées en puissance tout au long du tournoi : vaincues mais pas abattues en poules, le Danemark et la Pologne ont réussi l’exploit de s’imposer en huitièmes face à des favoris (respectivement le Monténégro et la Roumanie). Si la défaite roumaine peut être expliquée par la sur-utilisation de cadres blessées (Cristina Neagu en tête) ou par une trop grande confiance face à un adversaire modeste, la déroute monténégrine reste un mystère : Dragan Adžić n’a certainement pas fait les meilleurs choix tactiques mais on ne retrouvait pas non plus chez ses joueuses, la rage qu’elles avaient l’habitude d’afficher.

Le miracle s’est produit en quart pour la Serbie qui, portée par son public, a su faire douter une Norvège qui a complètement sombré dans un match qu’elle maîtrisait. Un entêtement du sélectionneur, certaines joueuses passées à côté de leur tournoi : elles n’ont jamais su trouver les solutions en attaque, ni à contrer une pivot adverse hors de contrôle.

Première finale internationale pour les Serbes qui viennent de vaincre la Pologne.

Quelques heures auparavant, ce sont les Brésiliennes qui se sont fait peur : face à la Hongrie, elles ont été virtuellement éliminées plusieurs fois de suite. Certainement une des plus grosses déceptions de ce mondial, l’équipe hongroise avait tout pour remporter ce match, après une phase de poules en demi-teinte. Absentes contre la Tunisie, elles s’étaient contentées du strict minimum pour s’adjuger la victoire. Elles s’étaient bien sûr rachetées face à l’Australie, éternelle 24ème des mondiaux, mais avaient sombré face à la Roumanie puis face à l’Allemagne. Traînée par une Anita Görbicz irréprochable à son poste : l’équipe de János Hajdu s’est reposée sur sa demi-centre surdouée. Il aura fallut attendre ce quart face au Brésil pour (re)voir Anita Cifra ou Zsuzsanna Tomori à leur meilleur niveau : avec pourtant plusieurs balles de match en main, elles n’ont jamais su concrétiser.

Star de l’équipe hongroise depuis 10 ans, « la reine » Anita Görbicz a été élue meilleure demi-centre du tournoi.

L’impression qui ressort de ces mondiaux finalement, c’est une sorte de difficulté physique mais surtout psychologique pour des joueuses sans cesse en compétition, d’aligner des matchs dont le niveau ne cesse d’augmenter, surtout lorsqu’il s’agit de composer avec des équipes plus modestes. Pour les sélectionneurs nationaux, rassembler une équipe éparpillée aux quatre coins de l’Europe, intégrer de jeunes espoirs et gérer les blessures semble devenir de plus en plus un parcours du combattant.

Un paysage européen changeant

Des difficultés qui font le bonheur d’équipes néophytes comme la Pologne qui a su tirer son épingle du jeu. Moins éclatantes, les Néerlandaises avaient créé l’exploit en se qualifiant aux dépends d’une Russie en reconstruction tandis que la République tchèque, révélation de l’Euro 2012, a franchement déçu.

Si elle a consacré une politique volontariste de la part d’un pays non-européen, la victoire brésilienne est aussi le symbole d’un handball qui bouge sur le Vieux Continent. L’hégémonie de la Norvège (championne d’Europe, du Monde puis Olympique en août 2012) avait déjà été brisée par le Monténégro l’an passé, au terme d’une finale acharnée (2 prolongations). Le club de la capitale, Budućnost s’était déjà adjugé la Ligue des Champions au printemps alors même qu’elle était réservée jusqu’alors aux clubs scandinaves : le norvégien Larvik, mais surtout les danois Viborg et Slagelse (seul les russes du Zvezda Zvenigorod avaient réussi à l’emporter en 2008).

Depuis 20 ans, les titres se partagent entre la Norvège (championne olympique en 2008 et 2012; du monde en 1999 et 2011; d’Europe en 1998, puis de 2004 à 2010), le Danemark (champion olympique en 1996, 2000 et 2004;  d’Europe en 1997) et la Russie (championne du monde en 2001 puis de 2005 à 2009). Seules la Hongrie et la France ont su régulièrement, venir embêter ces champions dominants. Les autres nations vont et viennent sans jamais s’inscrire dans la continuité : on peut citer la Roumanie, l’Allemagne, l’Espagne ou la Croatie.

Des investissements sans précédents dans le handball féminin ont achevé de déplacer le handball de Scandinavie vers les Balkans. A Podgorica, les dirigeants de Budućnost ont mis la main à la poche pour rapatrier du Danemark leurs stars internationales Bojana Popović et Katarina Bulatović : le retour a été payant avec le sacre européen cité précédemment. A Győr en Hongrie, c’est une véritable dream-team qui a été créée autour d’Anita Görbicz : sur le même modèle que le rival monténégrin, le club s’est servi d’une base de jeunes joueuses formées au club qui peuvent suppléer des internationales arrivées par vagues (Amorim et Lunde, puis Løke, Lekić et Radicević avant Tervel arrivée la saison dernière). En Roumanie, le club de Valcea a coulé avec la banqueroute de son principal sponsor, libérant de fait toutes ses stars : qu’à cela ne tienne, les Françaises Amandine Leynaud et Allison Pineau ont signé pour un projet similaire, bien que plus prometteur, au Vardar Skopje, en Macédoine.

Bien que toujours compétitif, le championnat danois a perdu de sa superbe et n’attire plus autant les joueuses étrangères. C’est désormais en Hongrie qu’on se presse avec un championnat attractif bien que dominé (mais pas écrasé) par Győr. En France aussi, les clubs savent se faire entendre : il reste difficile de prédire la fin de la saison tant le championnat est disputé, ce qui pénalise certainement les équipes pourtant bien présentes sur la scène européenne, à l’instar de la Russie, bien qu’un monde sépare ces deux pays. Alors que la Norvège est certainement en train de payer l’ultra-domination d’un Larvik à l’effectif réduit (et donc sur-sollicité), on retrouve en Europe des ovnis comme le Krim Mercator qui fonctionne depuis plusieurs années maintenant avec un groupe formé essentiellement par des joueuses étrangères, tout comme le fameux Hypo et ses Brésiliennes.

Passée à côté de ses mondiaux, la Norvège risque de se remettre en question … 

Enfin, une barrière est confusément en train de se dessiner entre le nord et le sud : en Scandinavie, le handball est un sport populaire qui se regarde essentiellement à la télévision (en témoignent les audiences démentielles lors des JO 2012 : 84% pour la finale). Dans les Balkans on se déplace dans les arénas pour y faire du bruit, en témoignent les ambiances surréalistes qu’on peut y retrouver en Ligue des Champions ou encore ces supporters hongrois venus en nombre lors du match contre leur rival historique, la Roumanie. Certes la proximité géographique a aidé mais le choix de l’EHF de jouer le Final 4 féminin à Budapest n’est sans doute pas anodin.

L’impressionnante horde de supporters hongrois avait vu les choses en grand.

Ces XXIèmes mondiaux s’achèvent donc sur un succès vert et or plus que mérité : de l’investissement de la fédération au tournoi parfaitement géré, physiquement et mentalement, par une équipe brésilienne qui en voulait. Du côté des équipes européennes, c’est un sentiment diffus qui domine : la combativité n’était pas toujours au rendez-vous, on a senti de la lassitude, de la fébrilité mais cette compétition garde aussi un arrière-goût de confusion totale. Des styles de jeu différents, des arénas tantôt vides, tantôt clairement hostiles, des adversaires au niveau de jeu hétérogènes : les championnats du monde demandent des qualités collectives qui dépassent la technique et la stratégie. En Europe ou ailleurs, les handballeuses ont encore une marge de progression qui sera sans doute privilégiée à l’avenir.

Il se disait récemment que Metz avait pour ambition de recruter la Coréenne Ryu : encore un signe qui montre l’ouverture du handball mais aussi une volonté de toujours vouloir évoluer. Le handball change et son plus grand défi sera certainement pour les fédérations d’accompagner ce développement qui répond à des logiques jusque là maîtrisées mais dont les limites ont été repoussées par des clubs ambitieux et des nations qui s’invitent désormais à la table des plus grandes.

Le plus grand mystère restera finalement cette équipe de France qui, en pleine reconstruction, est capable de vaincre le Monténégro, puis de plier grossièrement devant la Pologne quelques jours plus tard …

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un commentaire

  1. […] en annonçant des transferts de choix. Plusieurs victimes : le club d’Hypo en premier lieu qui voit partir la plupart de ses internationales brésiliennes mais aussi le club slovène de Krim, en proie à de sérieuses difficultés financières. Alors que […]

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